The Times : Des personnalités libyennes se rencontrent à Dakar pour un 
nouvel effort de paix

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The Times : Des personnalités libyennes se rencontrent à Dakar pour un 
nouvel effort de paix

"Des personnalités libyennes se rencontrent à Dakar pour un 
nouvel effort de paix"

Traduction libre de l'article publié dans la revue  The Times
Anthony Loyd

 

 

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MAHMUD TURKIA/AFP/GETTY IMAGES

 

  

Des commandants de milices, des chefs de tribus ainsi que de nombreux leaders politiques entendent se réunir ces six prochaines semaines et redonner un souffle au processus de paix enclenché en Libye.

Cette initiative indépendante, qui se déroulera dans la capitale sénégalaise Dakar, représente la dernière étape en vue de permettre au peuple libyen de prendre en main la feuille de route pour la paix du pays et ne plus laisser les Nations Unies ou aux les gouvernements européens décider à leur place.

“ Seuls les libyens eux-même peuvent résoudre leurs problèmes” explique Jean-Yves Ollivier, 73 ans, Président français de la Fondation Brazzaville. Une organisation qui se distingue par ses initiatives pour la paix dont la dernière en date est le forum à Dakar. “ Ce n’est pas à moi de dire ce qu’il faut faire. Je ne cherche pas à diminuer les efforts des uns ou des autres. J’agis ici en tant que facilitateur afin de permettre aux libyens de tout horizon de se rencon-trer et de décider ensemble de la meilleure solution pour leur future. Nous ne pouvons plus continuer à dicter, à travers ce spectre occidental, quel système serait le plus approprié pour la Libye.”

Les efforts internationaux pour mettre fin à une guerre de sept ans peinent à avancer. Les recents affrontements dans la capitale, Tripoli, où des milices rivales ont mis fin à une trêve fragile qui avait été négociée par les Nations Unies il y a trois semaines, cristallisent davantage la situation. 70 personnes y ont d’ailleurs trouvé la mort et 1800 individus ont été forcés d’abandonner leur maison et de trouver refuge aux quatre coins du pays.

Le pouvoir est partagé dans ce pays brisé entre les mains de deux entités principales. D’une part, le gouvernement d’entente nationale (GNA) - dont le siège est à Tripoli - est encouragé par les Nations Unies mais s’appuie essentiellement, pour assurer sa sécurité, sur des milices dont certaines restent affiliées à des mouvances islamistes. D’autre part, à l’est du pays, l’armée nationale libyenne tient tête. Elle est dirigée par le général Khalifa Haftar, anti-islamiste.

L’Europe demeure, elle aussi, divisée sur les prochaines étapes. Le Président Emmanuel Macron a tenté de mettre fin au cycle de violence en organisant une conférence à Paris en mai dernier. Le Général Haftar ainsi que Fayez el Sarraj, le Président du Gouvernement d’unité nationale, s’y étaient alors engagés, avec d’autres fractions présentes, à travailler avec l’ONU en vue d’organiser des élections législatives et présidentielles avant décembre.

Néanmoins, l’ONU a refusé jusqu’à présent de soutenir le plan français qui a été critiqué pour avoir notamment exclu, lors de la conférence de Paris, des représentants de villes libyennes clés à l’instar de Misrata ou de Zintan ainsi que des partisans de Kadhafi.

L’Italie, qui a tissé par son passé colonial en Libye des liens étroits avec le pays, a annoncé qu’elle organiserait également une initiative fin novembre. Rome a d’ailleurs insisté sur le fait que la détérioration de la situation sécuritaire complique le bon déroulé des élections dans les délais annoncés, comme l’aurait souhaité le plan français.

De nombreux observateurs voient en la position de ces deux pays européens le dessin de deux camps cultivant chacun leurs propres intérêts face à un pays qui a perdu tout contrôle depuis 2011 ; date à laquelle l’Otan avait appuyé la révolte qui avait mise à bat le Colonel Kadhafi.

En l’absence d’un plan international cohérent pour le futur de la Libye, le processus de paix enclenché à Dakar, bien qu’indépendant, pourrait bien raviver une petite flemme d’espoir. La Fondation Brazzaville est engagée dans les efforts de paix depuis l’année dernière. Elle avait d’ailleurs organisé une rencontre majeure à Istanbul entre le leader Kadhafiste en exile, Bashir Saleh, et Abdel-Hakim Belhaj, l’ancien chef du groupe armé islamiste libyen qui s’était battu pour renverser le dictateur.

Les deux opposants s’étaient entendus sur la nécessité d’une réconciliation en vue de mettre un terme définitif à ces sept ans de guerre civile dans un pays dont le territoire est aujourd’hui convoitée par DAESH, qui entend y établir ses bases sur les bords de la Méditerranée, et qui joue tragiquement un rôle central dans la crise migratoire.

Leur rendez-vous s’était suivi par la tenue d’une table de discussions organisée par M. Ollivier en mai dernier de cette année où il avait pu y élargir le dialogue. A la suite de cette rencontre, un protocole co-signé par l’ensemble des parties présentes affirmait la nécessité pour la Libye de garantir son unité territoriale et institutionnelle, un referendum sur un projet de constitution et la remise en liberté des prisonniers politiques, comme éléments clés pour la ré-conciliation nationale.

Dakar 2 est prévu pour la première semaine de novembre, quelques semaines avant la tenue de la conférence organisée par les italiens.  Entre 80 et 100 personnalités libyennes sont attendues, dont notamment des représentants des principaux partis politiques et des milices en présence mais aussi des partisans de Kadhafi et leurs opposants.

“ Face à la recrudescence des violences, la plupart des libyens voient dans Dakar une étape logique à ce stade. ” affirme M. Ollivier. Il se dit optimiste. “ Laissons les libyens décider eux-même de leur avenir. Nous ne pouvons, en ce sens, que leur fournir une plateforme afin de leur permettre de s’entendre. Ils sont déjà tous d’accord sur une Libye nouvelle avec à sa tête un gouvernement civil, une armée, un système judiciaire indépendant et l’organisation d’élections transparentes. A moins d’un cataclysme, je pense sincèrement que la Fondation peut leur offrir un terrain d’entente en vue de les aider à réaliser ce qu’ils souhaitent.”

 

 

Lire l'article en anglais dans le Times