[L’Obs] La fin du putsch au Burkina Faso ? L’échec d’un modèle de transition démocratique

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[L’Obs] La fin du putsch au Burkina Faso ? L’échec d’un modèle de transition démocratique

Moins d’un an après le soulèvement populaire qui chassa Blaise Compaoré du pouvoir, l’accord de sortie de crise entre le gouvernement intérimaire et les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) démontre l’échec tragique du « modèle burkinabè » de transition démocratique.

Suite à l’accord négocié par les leaders ouest-africains, de nouvelles élections sont prévues pour la fin du mois de novembre. Cependant, la participation des proches de l’ancien président Blaise Compaoré à ces nouvelles élections demeure incertaine. Et ce, alors même que la décision du gouvernement intérimaire d’introduire un nouveau code électoral – qui interdisait aux proches de l’ancien président de se présenter aux élections initialement prévues le 11 octobre 2015 – a précipité le coup d’État du Général Gilbert Diendéré.

« Le poison de l’exclusion politique »

Remontons le temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Au mois de juin, l’International Crisis Group (ICG) avait déjà signalé les risques pesant sur les futures élections qui devaient faire advenir un véritable régime démocratique. « Le Code électoral, très controversé, risque d’injecter le poison de l’exclusion politique dans un pays attaché au multipartisme », estimait l’ONG.

Alors que cette modification du Code électoral était dénoncée par la cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les chancelleries occidentales n’ont pas semblé être gênées par cette nouvelle confiscation du libre arbitre du peuple burkinabè. Mais à force d’être « démocrate à la carte », on finit par récolter des coups de force…

Les évènements de ces derniers jours viennent malheureusement confirmer une analyse que j’avais faite en novembre dernier au lendemain de l’insurrection populaire. À cette date, je considérais qu’il fallait bien peu faire cas du citoyen ordinaire burkinabé pour descendre en flammes les pseudo-révolutionnaires après trois décennies de vie quotidienne tranquille, pour ne pas dire « normale ».

Cesser de plaquer un introuvable « modèle démocratique »

Trois décennies de gens qui partaient tous les matins au travail, d’enfants qui allaient à l’école, trois décennies d’un développement économique et d’une croissance réels. Car, même si la démocratie burkinabè n’avait pas encore passé l’épreuve de l’alternance du pouvoir, faut-il rappeler que notre Ve République n’a réussi ce test qu’en 1981, avec l’élection de François Mitterrand ?

Mon deuxième argument était que l’explosion démographique engendrerait nécessairement une forte instabilité politique ; instabilité qu’il appartenait aux puissances étrangères de ne pas encourager.

Quand bien même une démocratie parfaite verrait le jour au Burkina Faso, la masse des jeunes chômeurs dans la bande sahélienne ne trouvera pas de travail rémunérateur dans un avenir prévisible – d’où de possibles coups de force, l’exode massif vers l’Europe et la prolifération des mouvements djihadistes dans la région, entre autres.
Pour finir, j’avais souligné qu’il n’y avait plus de modèle unique en Afrique puisque le continent – affranchi de la chape de plomb de la Guerre froide et désormais ouvert à de nouvelles puissances – était plus que jamais pluriel. Autrement dit, l’Afrique n’était plus « un pays » mais une mosaïque de plus d’1,1 milliard d’habitants et de 54 États aux trajectoires singulières, impossibles à réduire à un raccourci.

Voilà pourquoi il est urgent de cesser de plaquer un introuvable « modèle démocratique » sur la deuxième plus grande étendue de terres au monde. Urgent de cesser de nous ériger en donneurs de leçons. Enfin, tout aussi urgente est notre mission de veiller à prévenir l’émergence de ces « contre-modèles », qui naissent en réaction à notre indifférence.